Démarche

Mon travail porte sur la viabilité des systèmes vivants — au sens large : biologiques, psychiques, sociaux, économiques. Ce qui m'intéresse, c'est la grammaire commune qui traverse ces échelles : comment un système se maintient, se reconfigure, absorbe les chocs, déplace ses coûts, et parfois bascule vers un autre régime.

Je développe le cadre ORI-C (Organisation, Résilience, Intégration — Cohérence) et le cadre d'observation PALM (Plasticité, Adaptation, Logiques de mètis) comme outils minimalistes et non métaphysiques pour décrire ces dynamiques.

Le vivant ne résout pas. Il déplace, convertit, temporise, hybridise.

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Pour toute question sur les cadres ORI-C et PALM, collaboration de recherche, ou échange sur les thématiques de viabilité systémique.

Liens

Travaux

2026
Cumulative Symbolic Threshold
Recherche — Pipeline reproductible, OSF
2026
Le principe fonctionnel de viabilité systémique
Essai théorique
2026
Les schémas psychiques comme structures dissipatives
Article
2026
PALM — Cadre d'observation du vivant
Cadre méthodologique

Mon histoire

Très tôt, j'ai ressenti une incohérence profonde dans le monde qu'on me présentait : pas une révolte, pas une posture, mais une impression tenace que les discours étaient trop propres, les structures trop solides, alors que le réel racontait autre chose.

Une question a tout déclenché : comment le système le plus puissant, le plus sécurisé, le plus maîtrisé pouvait-il être pris en défaut de façon aussi spectaculaire ? J'ai alors cessé de m'arrêter aux seuls événements pour interroger les structures qui les rendaient possibles.

J'ai exploré séparément géopolitique, histoire des conflits, psychologie, spiritualité, énergie, systèmes de croyances, récits officiels. Chaque domaine apportait des fragments utiles, mais aussi ses propres contradictions. Aucune discipline ne tenait seule ; chacune éclairait un bout sans dissiper le malaise global.

J'ai fini par voir que le problème n'était pas le manque d'information, mais le manque de cohérence d'ensemble. Les systèmes semblaient tourner, mais grâce à un empilement incessant de justifications, de compensations et de dénis. Les tensions n'étaient pas résolues, elles étaient gérées, pas intégrées, mais neutralisées.

Le vrai basculement est arrivé quand j'ai arrêté de chercher qui mentait pour poser une question plus radicale : qu'est-ce qui permet à un système vivant de tenir sans s'autodétruire ? En observant les mécanismes plutôt que les intentions, un invariant est apparu : les systèmes viables n'éliminent pas l'instabilité, ils l'intègrent. Là où elle est niée, ils se rigidifient, accumulent les incohérences internes et finissent par se désorganiser.

J'ai retrouvé cette logique partout : dans le vivant, le psychisme, les groupes, les écosystèmes, et même dans la progression de la science par ruptures de paradigmes. Ce que j'appelle le principe de cohérence du vivant n'est pas une théorie spéculative, mais le seul cadre qui relie ce que j'observais sans morceler le réel.

Comprendre intellectuellement ne suffit pas. On peut fonctionner en surface tout en portant une incohérence plus profonde qui se manifeste par la fatigue chronique, la dissociation, la perte de sens. La vraie différence se joue entre « fonctionner » et « être cohérent ».

Aujourd'hui je n'impose plus de vision, je ne combats plus frontalement les systèmes. Je vois de quoi ils se nourrissent, comment ils tiennent, et surtout comment ils s'épuisent de l'intérieur. Mon travail n'est pas une recette miracle, mais une pratique de mise en cohérence : accueillir les tensions sans se briser.

Je n'ai pas fait de grandes études. Je ne suis ni devin ni marabout. Je ne viens pas d'un parcours « qui explique tout », ni d'une trajectoire qui se raconte facilement. Ma connaissance ne s'est pas construite dans un cadre propre, progressif, validé par des diplômes ou par une autorité extérieure. Elle vient d'une autre source, moins confortable mais plus insistante : une succession d'incohérences que j'ai cherché à comprendre, parce qu'elles revenaient, parce qu'elles résistaient aux explications simples, et parce qu'elles finissaient par coûter trop cher quand je les laissais sans lecture.

Au départ, je ne cherchais pas une philosophie de vie. Je cherchais surtout à ne pas me dissoudre dans la confusion. Quand tu grandis dans une structure familiale incohérente, il y a des choses qui ne s'alignent pas. Pas seulement des événements, mais des logiques. Des règles qui changent selon le moment. Des attentes implicites impossibles à satisfaire. Des messages contradictoires. Des réactions disproportionnées. Une impression persistante que la réalité dépend plus de l'humeur du système que d'un principe stable.

Je me suis longtemps retrouvé à avancer sans carte. J'avais des fragments : des sensations très claires à certains moments, puis des périodes où tout devenait flou. Des épisodes qui semblaient se répéter sous d'autres formes. Et pourtant, quelque chose insistait : l'idée que si ça revient, ce n'est pas seulement du hasard ; que si certaines contradictions reviennent, ce n'est pas seulement « moi qui dramatise » ; que si je retombe toujours sur le même type de décalage, c'est qu'il y a un mécanisme derrière.

Le chemin n'a pas toujours été facile. Pas « difficile » au sens romantique, mais coûteux au sens concret : fatigue, perte de repères, périodes de surcharge, décisions prises trop vite ou trop tard. Mais malgré ça, je ne regrette rien. Pas parce que tout aurait été « nécessaire », mais parce que je refuse de maquiller mon parcours pour le rendre acceptable.

Ce que je n'avais pas compris, c'est que mon développement ne se faisait pas en ligne droite. Il se faisait par étapes. Et ces étapes, quand tu les traverses, ne ressemblent pas à un « plan ». Elles ressemblent à une suite de tentatives : tu t'adaptes, tu ajustes, tu te trompes, tu recommences. Tu te fabriques des repères, puis tu découvres qu'ils ne tiennent pas partout. Ce n'est pas propre, ce n'est pas élégant, et ce n'est pas rapide.

Avec le recul, je peux aujourd'hui nommer ce processus : je n'ai pas cherché une cohérence parfaite, j'ai cherché une cohérence possible. Une cohérence qui ne dépend pas d'un décor stable, ni d'une promesse extérieure, ni d'un récit qui arrange tout. Une cohérence qui tient quand la vie se complique.

C'est là que l'idée de « cohérence de l'incohérence » prend son sens. Pendant des années, j'ai cru que l'incohérence était un défaut à supprimer. En réalité, je me suis rendu compte que l'incohérence était mon matériau brut, mon point de départ, mon terrain. Et qu'au lieu d'essayer de la nier, je pouvais apprendre à la lire : à voir ses répétitions, ses formes, ses cycles, ses effets. À comprendre ce qui la déclenche, ce qui l'aggrave, ce qui la fait basculer, ce qui la calme. Pas comme une histoire morale, mais comme une mécanique de vie.

Pendant longtemps, je n'ai pas su relier toutes les pièces. Je savais que j'apprenais, mais je ne voyais pas le schéma. J'avais l'impression de construire quelque chose sans en voir la forme finale, comme si je collectionnais des morceaux d'un puzzle sans avoir l'image sur la boîte.

Et puis, très récemment, quelque chose a changé. Une décision, récente, nette, a fait office de point d'assemblage. Pas une révélation mystique. Pas une illumination. Une décision concrète, structurante, qui a soudain aligné des choses accumulées depuis longtemps. Et c'est là que j'ai compris : ce puzzle, je ne l'ai pas construit en un jour. Je l'ai construit sur vingt ans.

À partir de ce moment, mon passé ne s'est pas « justifié » : il s'est organisé. Les événements n'ont pas pris un sens magique ; ils ont trouvé une place. Et cette lisibilité change tout : elle ne supprime pas la difficulté, mais elle transforme la confusion en structure. Elle transforme la répétition en information. Elle transforme l'éparpillement en trajectoire.

Je ne suis pas sorti de l'incohérence en la supprimant. Je suis sorti de l'incohérence en construisant une cohérence capable de la contenir.